Pourquoi l'hermine est-elle rattachée à la Bretagne ?
Le lien entre la Bretagne et l'hermine n'a rien de naturaliste. Le petit mustélidé vit bien dans le bocage breton, mais il n'y est ni plus fréquent ni plus typique qu'en Normandie ou dans le Massif central. Le rattachement vient de l'héraldique ducale, puis d'une légende, et il s'est prolongé jusqu'aux usages actuels.
Un choix héraldique des ducs de Bretagne
Au XIIIe siècle, le duché passe à Pierre de Dreux, dit Mauclerc, issu d'une branche cadette de la maison capétienne. Ses armes reprennent l'échiqueté d'or et d'azur des Dreux, avec un franc quartier d'hermine placé en brisure, marque de cadence qui distingue le cadet de l'aîné. L'hermine n'est alors qu'un détail du blason.
Le glissement se produit au début du XIVe siècle. Le duc Jean III abandonne l'échiqueté et adopte l'hermine plain, c'est-à-dire un champ entièrement blanc semé de mouchetures noires, sans autre figure. Le détail devient l'armoirie complète. Ces armes restent celles du duché jusqu'à l'union avec la France en 1532, puis passent dans le blason de la province, ce qui installe durablement le motif.
La moucheture elle-même n'est pas un animal stylisé. Elle représente la pointe noire de la queue, cousue en semis sur la fourrure blanche pour orner les vêtements d'apparat. L'héraldique a conservé cette forme à trois pointes surmontant un fer de lance, répétée régulièrement sur le champ.
Une légende et une devise
Une légende tardive est venue expliquer ce choix. Lors d'une chasse, une hermine poursuivie par les chiens arrive au bord d'une fondrière boueuse. Plutôt que de souiller son pelage blanc, elle fait volte-face et affronte la meute. Le seigneur, frappé par le geste, arrête la chasse et fait de l'animal son emblème. Le récit est attribué selon les versions à Alain Barbetorte, à Conan Meriadec ou à Anne de Bretagne, ce qui suffit à en marquer le caractère construit.
De cet épisode vient la devise latine Potius mori quam foedari, plutôt la mort que la souillure, dont la forme bretonne est Kentoc'h mervel eget bezañ saotret. Elle accompagne encore aujourd'hui les représentations de l'hermine dans un contexte breton.
Le motif prend aussi une dimension institutionnelle. En 1381, le duc Jean IV fonde l'Ordre de l'Hermine, premier ordre de chevalerie du duché, dont le collier porte l'animal. Anne de Bretagne reprendra le symbole dans son entourage et dans son ornementation, notamment sur ses livres d'heures et ses monuments.
Un emblème toujours vivant
Le symbole a survécu à la disparition du duché. Le drapeau breton dessiné en 1923 par Morvan Marchal, le Gwenn ha Du, porte un canton d'hermines dans son angle supérieur gauche, le plus souvent au nombre de 11, à côté de neuf bandes noires et blanches qui évoquent les anciens pays. Le nombre de mouchetures n'est pas fixé par un règlement, ce qui explique les variantes que l'on rencontre.
La moucheture sert aujourd'hui de marqueur régional immédiat : blasons municipaux, maillots de clubs sportifs, signalétique routière, marques agroalimentaires, décoration des faïences de Quimper. L'Ordre de l'Hermine a lui-même été relancé en 1972 par l'Institut culturel de Bretagne, qui le décerne à des personnalités ayant servi la culture bretonne.
Reste l'animal, bien réel, qui parcourt les talus et les haies de la péninsule à la recherche de campagnols. Pour comprendre ce qui se cache derrière la figure héraldique, la description de l'espèce vaut le détour.